Afin de vous faire comprendre un peu plus ma vie et mon métier, je vais vous la raconter.
C'était samedi. Il y avait une fête au village : tarte flambée, saucisses, petit bal et animation qui peuvent paraître venus d'un autre temps. Afin d'inscrire le foyer dans la vie de la commune, je décide avec ma femme et les enfants qui étaient restés dans la structure, de nous rendre à la fête et d'y prendre le repas. Tout allait bien : l'ambiance était "bon enfant"; les enfants étaient détendus; même le maire m'a dit bonjour avec chaleur et avec un sourire, lui qui est si froid et distant d'habitude ( je vous dresserez un portrait du maire de cette commune dans un autre article).
Après le repas, je dis aux enfants qu'ils ne sont pas obligés de rester avec nous à table; qu'ils peuvent faire un tour dans le village. Je leur précise que si nous ne nous croisons plus, ils doivent être au plus tard de retour à 23h30 au foyer. Tous les enfants s'éloignent sauf Camille (je dois changer les prénoms des enfants pour préserver leur anonymat) : Boris et Michel vont rejoindre leurs copains et Lorie et Juana s'éloignent.
Lorsque j'ai vu partir Lorie et Juana, je n'avais pas la conscience tranquille : depuis que Lorie est parmi nous sont réapparus les mégots de cigarettes sur la terrasse; la disparition de nourriture du réfrigérateur et autres petits larcins. N'ayant pris ni l'une ni l'autre sur le fait, je n'ai que des soupçons.
La soirée se déroule normalement mais je n'ai pas revu ni Juana, ni Lorie. Ma femme, qui a fait un tour dans le village avec Camille, ne les a pas croisé non plus. Dans le doute, et afin de me retrouver un peu seul avec ma femme, j'envoie Camille au foyer pour voir si elles n'y sont pas. Camille revient un quart d'heure plus tard et confirme l'idée qui me trottait par la tête : elles sont au foyer, dans les bâtiments. Je me rends donc au foyer.
Afin de ne pas me faire repérer, je prends un chemin qui contourne la maison. De là, je vois Juana au grenier devant l'ordinateur. Elle ne m'a pas remarqué. Je passe par l'appartement de fonction que j'occupe; je traverse la cuisine et je monte à l'étage le plus discrètement possible car ces escaliers en bois font un bruit terrible.
Arrivée à l'étage, je m'arrête ne sachant pas comment j'allais continuer. Mais Juana me sauve : elle appelle Lorie qui répond de leur chambre commune. Je me dirige donc vers cette chambre. J'ouvre la porte sans toquer ( ce que je ne fais pas d'habitude) et je découvre Lorie assise au bureau en train de tirer sur une cigarette. Sa surprise a été telle que sa seule réaction a été "OUPS!!!". J'avoue avoir été très énervé car il est interdit de fumer dans le foyer. De plus, elle n'a pas seize ans.
Je lui demande de chercher Juana. Je demande des explications : elles me disent être passées par l'escalier de secours pour rentrer à l'intérieur. Elles seraient revenues plus tard nous voir comme si de rien n'était.
Quand je repense à la scène, j'en rigole. Surtout à cause de la réaction de Lorie qui étaient tou droit sortie d'un cartoon. Et puis je me suis trouvé ridicule, berner par ma naïveté : j'aurai dû être sûr qu'elles préparaient un mauvais coup, Juana ne restant que rarement au foyer car elle peut rentrer chez sa mère les week-ends.
Voilà ce que je peux vivre au quotidien.
Je vous rassure. Les filles n'ont pas été gravement punies : elles sont restées assises sur la terrasse jusqu'à notre retour.
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