Portrait

Jeudi 29 juin 2006

Je vous l'avais écrit dans un article précédent : je vous ferai un portrait du maire de la commune où est situé le foyer.

Je n'ai rien contre cet homme et je ne tiens pas à le blesser.

La première fois que j'ai eu affaire à lui, c'était il y a trois ans. J'avais été convoqué à la mairie avec d'autre famille du village car des dégradations avaient été commises dans la commune par une bande de jeune. Un des enfants du foyer faisait partie de cette troupe. Bien entendu, cette réunion n'aboutit à rien car chaque jeune rejetait la faute sur les autres. Cependant, un point important avait été soulevé par ces jeunes : il n'y a aucune structure, aire de jeux ou point de rencontre pour les jeunes dansle village. Cette idée avait été relayée par les parents des enfants présents et par moi-même. Le maire expliqua alors que la commune n'avait pas beaucoup de terrains disponibles, et que par conséquent, il était destiné à d'autres utilisations. Il me prit alors à partie en expliquant que le seul terrain disponible était sur la propriété du foyer, et qui plus est, nous avions un terrain de basket. J'avou avoir été surpris et Sven, le jeune que j'accompagnais, m'a regardé avec de grands yeux. Je répondis que cette information était fausse. Le maire persista quand même.

Lorsque la réunion fut terminé, je fis le compte-rendu à la direction. Et j'ai demandé ce qu'il en était de ce terrain de basket. La direction me répondit qu'il y avait bien eu un terrain de basket au foyer mais cette parcelle avait été vendue trois ans auparavant.

J'avoue avoir été heureux car conforté dans mon idée et surpris car je me suis dis que ce maire, en fait, ne connaissais rien à sa commune ou du moins, rien à ce qui touche le foyer.

Nous nous sommes revus ensuite au mois d'octobre de l'an passé, au cours d'un exercice des pompiers de la commune. Cette exercice devait servir d'entraînement en cas d'incendie au foyer. Après les salutations d'usage qui étaient très froide, les seuls sujets abordés étaient Sven, un garçon qui n'étaient plus dans la structure depuis deux années, et le grillage mitoyen entre le foyer et les ateliers communaux, celui-ci étant détérioré. Bien entendu, le grillage avait été détruit uniquement par les enfants du foyer. C'est vari que nous passons un peu pour des extra-terrestres dans ce village qui héberge des gens des classes moyennes supérieures ou aisées. Nous faisosn un peu tâche dans le décor!!!

Afin de changer cette image, une journée portes ouvertes avaient été organisées. Cette journée coïncidait avec l'inauguration des nouveaux locaux et la présentation des nouvelles personnes travaillants dans le foyer. Tout le village avait reçu des invitations. Les hommes politiques étaient également invités. Chacun fit son petit discours. Et celui du maire rtint un peu plus mon attention que les autres. Je ne me souviens plus exactement les termes utilisés mais M. le maire faisait l'éloge de la famille traditionnelle. Jusque là rien de choquant. Mais, je crois que, s'il avait pu continué son argumentaire, nous serions arrivés à la conclusion suivante : "les hommes au boulot, les femmes au fourneau".

Cela m'a choqué car je le pensais plus ouvert que cela et je me rends compte que ce n'était pas le cas. Il est vrai que je n'ai connu cet homme que dans un cadre officiel. Mais je crois que la cohabitation entre les gens du village et nous va être difficile...

Par bizu67
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Jeudi 17 août 2006

Camille est de retour : elle est revenue de vacances avant-hier. Cela faisait six semaines que nous n'avions pas entendu sa voix haut perchée qui débite des histoires plus insolites les unes que les autres : un vrai moulin à paroles qui vous terrasse la plus patiente des personnes en une journée. Je crois même qu'un sourd n'y résisterait pas !!

Camille est proche de la majorité et a passé la moitié de sa vie dans notre maison. Son histoire est très lourde mais je ne vous en parlerai pas : tout ce que je peux vous dire est que cette histoire explique et excuse à la fois les actes et les paroles de cette jeune fille.

Actuellement, elle suit une formation qui doit lui permettre de trouver sa voie professionnelle pour pouvoir suivre une formation diplômante dans la voie qu'elle aura choisi (j'ai l'impression de na pas être très claire). Seule problème : elle ne sait pas, n'a jamais su et ne saura jamais ce qu'elle veut faire de sa vie.

Malgré cela, nous faisons tout pour qu'elle puisse trouver sa voie.

Si je vous parle d'elle aujourd'hui, c'est pour une raison très simple : je n'ai pas l'impression qu'elle soit partie six semaines en vacances. A peine arrivée, elle nous a parlé de son camp. A l'en croire, je dois appeller la direction de Jeunesse et Sports afin de signaler que son camp était un véritable lieu de débauche et de luxure : un véritable lupanar, le Sodome et Gomorre de nos jours. Les mecs dormaient avec les filles; ils allaient en boîte jusqu'à pas d'heure; ils se sont "frités" avec les Italiens à cause de la finale de la Coupe du Monde de football; ils sont rentrés ivres de leurs virées en boîtes de nuit avec la bénédiction de la directrice du camp. Enfin des vacances comme je n'en ai jamais imaginé !

Si un autre enfant m'avait raconté ces histoires, je me serai inquiété. Mais pas si c'est Camille qui me les raconte.

Elle a repris sa formation hier. Au moment où je vous écris, je reçois un coup de téléphone du centre de formation qui me signale qu'elle ne s'est pas rendue au centre ni hier ni aujourd'hui. J'espère la voir ce soir pour qu'elle me raconte une de ses histoires fantastiques dont elle a le secret et je vous en ferai part dans un prochain article...

Par bizu67
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Samedi 19 août 2006

Finalement, je suis très déçu : Camille ne nous a pas raconté d'histoires fantastiques et elle n' a pas nié le fait qu'elle fait l'école buissonière.

Elle était tout simplement angoissé : angoissé d'être à nouveau confronté à la réalité; angoissé de ne pas arriver à finir cette formation; angoissé par une "mise à la porte" du foyer.

Cette dernière angoisse est la plus proche et la plus irréaliste. La plus proche car, à sa majorité, elle sera obligée de partir : elle ne sera plus une enfant. La plus irréaliste car ce n'est pas son désir, ce n'est pas notre désir.

Malheureusement, Camille ne nous facilite pas la tâche. Elle fait tout pour se faire virer. Une de nos missions est de donner une formation à ces jeunes afin qu'il se retrouve sur une voie d'insertion professionnelle. Pour cela, tous les enfants sont scolarisés ou en formation professionnelle. En ce qui concerne Camille, les choses sont très difficiles : à la rentrée dernière, elle préparait un CAP Vente qu'elle a arrêté car elle avait peur de ne pas y arriver. Elle souhaitait faire cette formation mais par la voie de l'apprentissage. Nous avons donc recherhé un CFA et un lieu d'apprentissage en plein mois de novembre. Nous avons réussi : cela a duré quatre semaines puis elle a abandonné au pretexte que ses relations avec son patron étaient mauvaises et qu'il ne lui faisait que des remarques négatives. Le patron a reconnu avoir été dure avec elle mais il a argumenté sa position : elle tutoie les clients; elle leur répond de manière familière; et ainsi de suite ...

Enfin nous avons trouvé un lieu de formation qui alterne des périodes de cours et des périodes de stage. Cette formation doit s'arrêter en octobre et c'est là qu'elle aurait dû se rendre en début de semaine.

Je me demande de quoi va être fait l'avenir de Camille : dans un an elle sera majeure, sans formation et livrée à elle-même. Je me dis qu'il y a quelquechose que j'ai râté mais je ne sais pas quoi. Il me faudra un peu de temps pour savoir quoi...

Par bizu67
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